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Tu as fait le tour du monde, tu as passé des séjours sur des îles paradisiaques, des journées à te gorger de soleil sur des plages insolites…

Tu as posté des photos « sans filtre » sur ton Instagram avec les plus beaux « Sunset » du monde, tu as fait des « Check-in » dans des hôtels, restaurants, bateaux… Tu as garni ta garde-robe de t-shirts « I Love Ibiza » « I Love Mykonos » « I Love Miami »…

MAIS ce n’est pas la fin des vacances, NON, ce n’est pas fini ! Tu es assoiffé, il te manque encore une destination, tu es affamé mon ami, tu as besoin de passer ces quelques jours à la #LaRépubliquePoubelle. C’est vrai que le nom de la destination te fait pas rêver mais tu ne peux pas imaginer un été sans faire une escale au Liban. Ce pays bourré de contrastes, où il fait 40 degrés à l’ombre, où l’ordure déborde dans tous les coins des rues, où tu peux périr à cause d’un psychopathe drogué… Mais où t’y vas quand même.

Tu connais déjà le scénario par cœur, tu seras emporté par cette vague de chaleur, d’humidité, de klaxons et de pollution à la sortie de l’aéroport… Mais t’y vas quand même.

Tu perdras la moitié de ta journée dans les embouteillages, tu crieras, tu jureras et tu seras sauvé par miracle de tous les fous furieux qui roulent à 200km/h… Mais t’y vas quand même

Tu seras vite dégouté par toutes les histoires qu’on te racontera sur la corruption, le chômage, l’injustice et la discrimination… Mais t’y vas quand même.

T’y vas pour ces parents d’amour que tu entends râler tous les jours sur « Facetime » et qui ne cessent de te répéter « Pays zbéli » « Peuple zbéli » « Rues zbéli » mais qui auront le mal du pays après une semaine passée à Paris.

Tes parents qui ne peuvent blairer aucun politicien et qui sont blasés par la situation socio-économique mais qui se précipitent de rentrer à 20h précise pour le JT.

Tes parents qui feront tout pour rendre tes vacances agréables et mémorables. Ils feront les 100km pour ces nouvelles chambres d’hôtes branchées où tu paieras 400$ ta nuit pour manger du « Labneh » et du « Zaatar baladi » alors que ta maman à un stock dans son cellier.

Ils t’accompagneront aux « Rooftops » où la musique dépasse les 10 000 décibels pour boire ce verre de rosé et prendre cette fameuse « Selfie ».

T’y vas pour ces potes qui correspondent parfaitement au décor libanais, ces fêtards qui connaissent tous les « Bouncers » de toutes les boites de nuits, tous les « voituriers » de tous les restaurants « in », tous les serveurs de tous les bars. Ces potes qui restent là, scotchés dans ce pays… ils ont travaillé dur pour intégrer le système et, surtout, le contourner ; ils ont passé des heures à la « Nef3a » et des années à courir dans les couloirs des administrations pour constituer ce fameux carnet d’adresse et avoir le culot de dire : « Bcharafak, mashilna yéha », « Khaliya 3layi », « Bil amaliyi ya Man ».

T’y vas pour cette méditerranée où il fait bon vivre, où tu peux te jeter en 2 secondes dans une eau à 35 degrés, plus chaude que la température extérieure. Et quand tu reviendras tu ne pourras plus jamais tremper tes pieds dans l’Atlantique.

T’y vas pour les plages de Batroun, Byblos, Chéka, Anfeh, Tyr où tu vas payer 10$ ta bouteille d’eau et 20$ ton sandwich jambon-fromage.

T’y vas pour prendre 5 kilos de plaisir, te gaver de « Fatayer jebneh », « Mashéwi », « Hommos », « Lahm baajin »… Mais tu te rattraperas à ton retour avec ta cure detox, ton quinoa et ton verre de citron eau chaude.

T’y vas parce que malheureusement (ou pas) tu es né dans ce pays, tu as poussé ton premier cri dans l’un de ses hôpitaux, tu as grandis dans ses villes, tu as touché ses murs, effleuré sa terre et mordu son odeur les yeux fermés. Tu ne nieras jamais tes racines et comme tout Libanais t’y vas, tu fais tes bagages, tu prépares ta garde-robe estivale, tu vides la mémoire de ton iPhone et t’y vas, tu fonces, tu te précipites au terminal 2 des heures avant le décollage… Tu te jettes dans les bras de ta famille qui t’accueillera chaleureusement !

Et le jour du retour, tu verseras ces larmes amères mélangées d’émotions au moment où ta mère remplira tes valises de « Mou3ajanét », « Kébé bil sayniyé », « Zét zaytoun » et « Rabtét khebez »… Au moment où ton père posera tes bagages dans le coffre pour te conduire à l’aéroport… Tu verseras ces larmes amères car au fond tu le sais bien : ce pays dont tu as rêvé ne verra jamais le jour mais il survivra aux tempêtes et demeure le pays des « Ahla w Sahla », de l’hospitalité remarquable et surtout… De la FAMILLE… Alors t’y vas !!!

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